 Le lilas
Regarder une branche se balancer dans le vent n'a l'air de rien, me direz-vous, et pourtant, ce doux balancement me laissera toujours sans voix. Les yeux écarquillés comme deux boulets de charbon, je contemple ce spectacle et soudain, le passé ressurgit. Bébé, ma mère me laissait des heures, seule dans mon berceau, sous le lilas. Je contemplais, guettais les mésanges. A travers le treillis de fleurs, le ciel pointillait mon front, de lumière et l'air frais teintait mes joues de rose, ce qui me valut longtemps le surnom de Petite Reine à croquer.
Le soleil dardait ses rayons printaniers sur mes bras dodus; je dormais profondément. Un pétale blanc vint chatouiller le bout de mon nez, puis deux, puis trois. Enfin, il finit par neiger des myriades de flocons parfumés, sur mon lit. Les branches dansaient, et moi, Chrissette, je disparaissais sous la couverture immaculée, un beau baptême au cœur du jardinet. Les merles témoins pépiaient joyeusement, un vrai chef d'œuvre de la nature !
L'arbre tortueux laissait paraître quelques lucarnes entre ses branches fleuries. Brusquement je m'échappai, agrippée aux ailes d'un oiseau noir, désertant ainsi mon berceau. Ma mère occupée qui dans la cuisine, qui à l'étage, qui sarclant la terre, accroupie derrière la petite haie de buis, ne pouvait ainsi remarquer mes escapades. Je m'envolai sans bruit. Depuis le faîte du pigeonnier, je la vis s'éloigner, puis, chevauchant toujours mon ami l'oiseau, gagnai le haut du vignoble poétiquement nommé, le pied du Nez de Soultz. Pour ce faire moi, petite aventurière, je survolai les châtaigneraies, la clairière des bruyères.
De même, un matin d'été, je profitai de l'ouverture d'une porte donnant sur le jardin pour enfourcher mon nouveau tricycle et filer à travers les allées.. L'ombre du feuillage m'offrait son tendre abri. Il faisait chaud, très chaud. Finalement, je quittai ce refuge, poussant péniblement sur mes pédales. et brusquement, l'impensable se produisit. J'étais coincée dans un trou noir, profond.. Comment sortir de ce piège? Je me mis à hurler. Au loin les merles tournoyaient , et moi, je criai de plus belle ! |